Rester ou partir : le difficile choix de globe-trotteurs français au Vietnam

Fin février, le Vietnam se ferme. Ces deux familles de globe-trotteurs sont alors en plein voyage. Elles font face à deux options. Rester sur place pendant la crise sanitaire ou rentrer en France. Elles choisissent d’abord de continuer leur périple. Mais leur vie de voyageurs confinés ne se passe pas comme prévu. Récit de ces deux parcours dans ce pays où le chiffre officiel de cas de Covid-19 avoisine les 300.

« Lundi, nous deviendrons les derniers clients de l’hôtel. » Un long silence suit les mots de Julie*, avocate française bloquée près d’Hoi-An au centre du Vietnam. Arrivée avec son conjoint Thibault* en février, elle a vu la ville aux maisons centenaires se vider petit à petit de ses touristes. Les échoppes ont fermé les unes après les autres. Porter un masque est devenu obligatoire. Et les contrôles de police se sont multipliés. 

Ce couple de globe-trotteurs devait rester initialement deux semaines dans cette petite ville touristique. Mais à l’annonce de la fermeture des frontières entre provinces fin février, ils décident de rester sur place et d’attendre que la crise passe. Et ils attendent toujours. Les possibilités de rentrer se sont réduites comme peau de chagrin. Leur vol de retour prévu le 27 mars est d’abord suspendu. Puis c’est le dernier avion de rapatriement qui s’envole sans eux le 6 avril. Depuis, ils n’ont d’autre choix que d’espérer une réouverture rapide des frontières. 

« On est mieux que les gens confinés en France : on peut encore aller à la plage, faire nos courses, il faut juste respecter la distanciation sociale et ne pas être à plus de deux dehors », relativise la jeune femme. « Mais nous avons réalisé trop tard que si l’hôtel décide de fermer, nous serons à la rue. Plus aucun établissement n’accepte de nouveaux clients. Et le fait de ne pas savoir quand nous pourrons rentrer est angoissant. Ça nous empêche de dormir. »

Du travail, des courses et du sport

Pour ne pas perdre pied, le couple suit un programme très strict. Ils se lèvent tôt, lisent et travaillent beaucoup dans leur chambre d’hôtel de 30m2 qui donne sur les rizières. Ils s’imposent aussi plusieurs heures de sport à l’extérieur ou dans l’hôtel vidé de ses employés. D’ailleurs, « l’eau de la piscine devient de plus en plus opaque ». 

Point noir de leur quotidien : la nourriture. « Trouver des plats préparés ou cuisiner est un vrai casse-tête. » Tous les restaurants sont fermés. Le couple fait ses courses au marché du village le plus proche. « Le gérant nous a accordé l’accès à la cuisine de l’hôtel deux fois par semaine », explique la jeune avocate. « Le reste du temps, il faut se débrouiller. » Pour atteindre le marché, « nous prenons des vélos, et nous zigzaguons sur des chemins de sable entre les rizières et les petits villages », racontent-ils. Ils ne croisent que de rares pêcheurs et des paysans qui cherchent leur repas du jour. « On reste extrêmement isolé. Personne ne s’arrête pour discuter, comme avant. On ne noue aucun contact. »

Les habitants du Mékong deviennent fuyants du jour au lendemain

Si certains ont fait le choix de rester, d’autres ont préféré partir. Selon l’ambassade de France au Vietnam, ils sont 1500 Français à avoir été rapatriés. Derrière ces chiffres, le choix entre rentrer ou rester dans un hôtel et attendre que la crise passe n’est pas si évident.

Aurélie et Alexandre avaient eux aussi décidé de rester sur place. Jusqu’au jour où « tout a basculé ». Arrivés au Vietnam le 28 février pour un voyage à vélo avec leurs trois enfants, ils entendent parler du coronavirus, et reçoivent des messages alarmants de l’ambassade de France qui les enjoint de « déployer tous les moyens possibles pour rentrer ». Les vététistes se trouvent alors au milieu de nulle part dans le delta du Mékong au sud du pays. « Du jour au lendemain, les Vietnamiens qui avaient été si accueillants se sont mis à nous fuir. Ils se couvraient la bouche et le nez quand nous les approchions. On a compris qu’il se passait quelque chose. »

Ce jour-là, après avoir pédalé pendant des heures, ils trouvent porte close. Le propriétaire de leur chambre d’hôte leur parle de visite médicale obligatoire. Il finit par les conduire à Ho Chi Minh-Ville à trois heures de route. Dans la capitale, la famille trouve un hôtel confortable, et décide d’abord de rester avant de changer d’avis. « On se sentait vraiment en sécurité. Il y avait peu de cas, et les gestes barrières étaient très respectés. Mais l’ambassade a tellement insisté pour qu’on rentre qu’on a fini par réserver nos billets pour l’avant-dernier vol de rapatriement. Seulement, on a dû y renoncer car on nous a placés en quarantaine. »

Un cas de Covid-19 dans leur hôtel et le placement en quarantaine

Quelques jours avant, la famille fête les quarante ans d’Alexandre quand on frappe à leur porte. « Des hommes en blouse, couverts de la tête aux pieds, sont entrés. Il y avait une suspicion de Covid-19 à notre étage. Ils ont testé tout le monde. Ça a été un peu éprouvant car pour le test sanguin ils ne trouvaient pas les veines de mon fils de cinq ans. Puis tout l’hôtel a été placé en quarantaine. » Impossible pour eux de sortir de leur chambre, même pour retirer de l’argent. Or, le couple n’a que très peu d’espèces : « Cela devenait compliqué de payer les livraisons de repas. » L’ambassade leur apprend quelques jours après qu’ils ne pourront pas prendre leur vol. 

En appelant Air France pour libérer les places, la compagnie leur propose un dernier rapatriement quelques jours après. « Jusqu’au bout, l’ambassade ne nous a jamais lâchés. Ils ont négocié dur comme fer avec les autorités vietnamiennes, et on a fini par quitter notre hôtel après des heures d’attente, y compris le jour du vol. Heureusement, nous n’étions pas positifs aux tests. Nous sommes arrivés à l’aéroport dix minutes avant la fin de l’enregistrement. Et nous avons été les derniers passagers à monter dans l’avion. »

La famille est maintenant confinée dans les Yvelines et estime avoir eu beaucoup de chance. « Rester ici entre quatre murs ne nous change pas grand chose. Nous faisions déjà l’école à la maison, et nous avons l’habitude d’être à cinq tout le temps. Après sept mois et demi de voyage à vélo, ce confinement est pour nous comme un sevrage. » Un entre-deux pour un retour à une vie sédentaire qui sera, peut être, plus long que prévu. 

Stéphanie Bascou

* le couple souhaite rester anonyme jusqu’à son rapatriement. 

Rubrique | Entre 4 murs

Piégés entre les murs de leur appartement ou de leur maison, à la ville ou à la campagne, avec ou sans jardin, nos rédacteurs racontent le quotidien de personnes affectées par le Covid-19. Des vies de confinés.

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