Supporteurs dans les stades de rugby : Prier pour qu’ils reviennent

Le Stade Marcel-Michelin de l’ASM Clermont Auvergne, sous de sombres nuages.

La crise sanitaire a contraint les championnats de rugby à l’arrêt et les Français à la distanciation sociale. Même après le déconfinement, les déplacements restent limités et les précautions maximales. Dans ce contexte, difficile d’imaginer des milliers de spectateurs réunis dans un stade lors de la reprise des championnats. Leur présence est pourtant indispensable à la survie des clubs.

Les dirigeants de clubs de rugby sont comme la plupart des Français, ils ignorent de quelle manière l’épidémie de Covid-19 évoluera. Malgré les incertitudes, à Clermont-Ferrand (Top 14) ou à Bourg-en-Bresse (Fédérale 1), ils réfléchissent à la manière d’accueillir leurs supporteurs dans les meilleures conditions, lorsque les saisons reprendront. 

ASM Clermont Auvergne : Les maux Jaune et Bleu

Des supporteurs Jaune et Bleu remplissent la tribune Volvic du stade Marcel-Michelin.

Si la plupart des clubs s’intéressent à l’après Covid-19, « à Clermont, on avait même déjà pensé à l’avant », sourit Vincent Duvivier, attaché de presse de l’ASM Clermont Auvergne. Alors qu’il était question d’accueillir 1 000 spectateurs avant l’arrêt du Top 14, le club avait réfléchi à « diviser le stade Marcel-Michelin en cinq, six espaces de 1 000 personnes ». L’idée, compartimenter les supporteurs par groupes « sans jamais qu’ils ne se croisent et ne se touchent », poursuit le salarié des Jaune et Bleu. 

C’est dans ces conditions que Clermont, sixième d’un Top 14 édition 2019-2020 sans champion, pourrait accueillir ses spectateurs à la reprise. Pour autant, « rien n’est validé » concède Vincent Duvivier. À chaque proposition de modification des flux de personnes ou de la capacité du stade, la commission de sécurité du club doit valider. Or jusqu’à présent, elle n’a pas été consultée. « On n’a donc aucune visibilité sur le fait que ça soit réalisable », confie Vincent Duvivier. 

Futur incertain, mesures indéfinies

L’ASM a l’été pour y réfléchir, voire envisager d’autres possibilités. Pour le moment, compte tenu de la crise sanitaire et l’incertitude autour de son évolution, difficile d’imaginer les conditions d’une reprise du Top 14 : « Quelle va être la vie d’après, dans trois mois, je suis incapable de vous le dire, soupire le communicant clermontois. S’il n’y a plus de virus qui circule, il n’y aura plus de raison d’avoir de contraintes. S’il y a une deuxième vague, il y aura des raisons d’avoir des contraintes. » 

Quelles que soient les consignes sanitaires dictées par le club auvergnat, Alexandre Gorse affirme qu’il s’y pliera. Ce supporteur clermontois, qui fréquente Marcel-Michelin depuis l’adolescence, ne craint pas un retour en tribunes : « J’enfilerai un masque et je respecterai les consignes mais si ça devait reprendre, je n’aurais pas peur d’aller au stade. » Habitué du pesage, en bord de pelouse, debout derrière les rambardes, il apprécie « l’ambiance exceptionnelle » qui y règne. Le chargé de mission à la direction des relations internationales de la ville de Clermont-Ferrand s’interroge toutefois sur une possible distanciation sociale : « C’est beaucoup plus compliqué à mettre en place autour du terrain alors qu’en tribunes, tu peux laisser une place vide entre deux personnes. »

Des supporteurs de l’ASM Clermont Auvergne étendent leur bannière.

Trop de huis clos, une faillite assurée

Une chose est sûre, une succession de matches sans spectateurs aurait des conséquences dramatiques pour le double champion de France (2010, 2017) : « Organiser un match, ça nous coûte cher, une centaine de milliers d’euros, précise Vincent Duvivier. Notre économie, comme celle du rugby en général, est dépendante de la billetterie, des espaces réceptifs, des repas et également des publicités que l’on affiche dans le stade. » Or, si le club ne peut pas compter sur ces rentrées d’argents (80 % de son budget) et doit payer les salaires des joueurs, des administratifs et l’organisation des matches, « c’est la faillite assurée », conclut Vincent Duvivier.

Pas de public équivaut donc à la mort du club, selon son attaché de presse, lequel estime que l’ASM « ne tiendra pas longtemps » dans de telles conditions, même s’il fait partie des « mieux lotis » du Top 14. Au-delà de Clermont, il estime que l’absence de public entraînera la mort de « tous les clubs de rugby, de toute l’économie du rugby ! » 

Trois possibilités pour les abonnés

Pour éviter une telle situation, les clubs pourront profiter de la générosité de leurs supporteurs, leurs abonnés en tête : « On reçoit beaucoup de messages de gens qui souhaitent nous soutenir sans rien demander en échange », relate Vincent Duvivier. L’ASM Clermont Auvergne va toutefois offrir trois possibilités à ceux qui détenaient un abonnement pour la saison 2019-2020. Puisqu’elle n’est pas allée à son terme, les abonnés pourront soit exiger un remboursement total, soit « offrir » leur abonnement au club, soit bénéficier d’une contrepartie pour la saison prochaine, qui reste à définir. « Cela pourrait être des matches offerts sur sa prochaine carte d’abonnement », évoque Vincent Duvivier. 

Alexandre Gorse, quant à lui, n’envisage pas de s’abonner pour la première fois à son club de cœur la saison prochaine. Il imagine plutôt un effort collectif : « Si la situation est désespérée, je pense qu’il y aura un geste, peut-être une campagne de dons. Le lien est tellement fort entre la ville et le club… » Il relativise toutefois la situation : « On en est pas là car c’est un club qui a des moyens et un mécène, un des plus gros capitaux français. » Reste à savoir si le soutien de l’entreprise Michelin suffirait.

US Bourg-en-Bresse : Avec ses fidèles, elle a un succès fou

Un stade moderne, des supporteurs fidèles et dévoués. Le club de Bourg-en-Bresse, pensionnaire de Fédérale 1, souhaite voir l’avenir en « violet ».

L’Union Sportive Bressane (USB) voulait la montée en Pro D2, la crise sanitaire en a décidé autrement. La déception passée, le club de l’Ain s’est mué en acteur de « l’après-coronavirus » pour accueillir de manière sécurisée ses supporteurs, grâce à un plan ambitieux centré sur leur bien-être. Les moyens pouvant être mis en place par le club de Fédérale 1 n’ont rien à envier aux grands clubs des divisions supérieures. « On a la chance d’avoir un stade moderne avec sept accès différents pour pénétrer l’enceinte du stade, décrit Nicolas Grisoni, attaché de presse du club. Ça offre une grosse souplesse en termes de flux, ce qui permettra à chaque personne d’accéder au plus vite à sa place. » 

Laurent, supporteur depuis 27 ans, est prêt à tout pour revenir dans l’enceinte de Marcel-Verchère : « Même s’il faut porter un masque, même s’il faut que je sois dans un coin tout seul, j’irai toujours au match. Ça me manque beaucoup trop. »

Une enquête pour s’adapter aux craintes des supporteurs

Pour le club de Bourg-en-Bresse, s’adapter à la crise du Covid-19 est devenu essentiel pour assurer sa survie : « Dans notre modèle économique, plus de 70 % des revenus proviennent de la présence des supporteurs dans le stade », détaille Nicolas Grisoni. Sachant que l’organisation d’un « gros » match de Fédérale 1 coûte 60 000 €, le calcul est vite fait. Sans spectateurs, c’est la faillite assurée. 

Pour éviter le scénario catastrophe, l’USB a fait parvenir une enquête à l’ensemble de ses abonnés et partenaires, visant à « identifier leurs éventuelles freins ou craintes avant de revenir au stade ». Le bien-être des 4 000 spectateurs qui garnissent en moyenne les travées du Stade Verchère est une priorité pour le club, qui ne souhaite pas « juger leurs peurs mais s’y adapter du mieux possible. » Une implication que les supporteurs sont prêts à rendre quoiqu’il leur en coûte. Laurent a d’ores et déjà prévu de « faire don de [son] abonnement ». Pour le quinquagénaire, rien n’est plus important que « d’aider le club que l’on supporte à la hauteur de nos moyens ».

Jules Forêt et Martin Boissereau.

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