Sylvain Landa, directeur éditorial de Sport et citoyenneté : « Donner une vraie place au sport dans nos vies »

Depuis le début de la crise sanitaire, des voix s’élèvent et militent pour une plus grande intégration du sport dans nos vies. C’est ce que souhaite Sylvain Landa, directeur éditorial du think-tank Sport et Citoyenneté qui étudie l’impact sociétal du sport au niveau européen.

Sylvain Landa, directeur éditorial du think-tank Sport et Citoyenneté

Rue des Confinés : Votre think-tank a lancé une grande enquête (menée avec la Centrale du Sport, auprès de 300 000 clubs amateurs) pour mesurer l’impact économique et social du confinement sur le monde du sport, quels en sont les premiers résultats ? 

Sylvain Landa : On a obtenu plus de 4 000 réponses, ce qui donne un résultat indicatif, sans être tout à fait exhaustif. On constate que les clubs ont perdu 25 % de leur chiffre d’affaire et qu’ils ont dû annuler en moyenne 10 évènements. Sur le plan social, on observe que la pratique sportive manque et que les sondés sont inquiets pour la reprise même s’ils sont prêts à s’engager.

R. d. C. : Faut-il redouter de graves répercussions économiques ?

S. L. : Il faut effectivement craindre que certains clubs amateurs ne puissent pas maintenir leur activité. Ils ne savent pas dans quelles conditions la reprise va s’effectuer et notamment si les familles vont réinscrire leurs enfants. Il y a de l’inquiétude, d’autant plus que le monde amateur connaissait déjà des difficultés. On demande aux clubs de diversifier leurs activités mais ils manquent de moyens financiers et de moyens humains.

R. d. C. : Comment éviter une crise du sport amateur ? 

S. L. : Le sport risque de pâtir des coupes budgétaires, notamment les secteurs les moins mis en avant comme le « sport pour tous », qui vise l’insertion de publics en difficulté. Notre think-tank a été auditionné par l’Assemblé Nationale ce jeudi, nous voulons faire en sorte que le sport ne soit pas oublié par le plan de relance économique. Il faut souhaiter que les associations continuent à être soutenues financièrement par les entreprises et le secteur privé. Enfin, on peut penser à la création d’un fonds de solidarité qui constituerait un pot commun dans lequel chacun pourrait puiser en fonction de critères précis.

Sylvain Landa préconise d’adapter les villes à la pratique sportive / Pixabay

R. d. C. : Le choc que représente le confinement doit-il nous amener à repenser la place du sport dans nos sociétés ? 

S. L. : On va avoir besoin de vivre différemment, c’est le moment de réfléchir à la société qui pourrait être la nôtre après. Le sport doit être au coeur des réflexions, sur la santé, sur les mobilités… Sport et Citoyenneté, notre think-tank, attend que toutes ces dimensions soient prises en compte. On sait tous que le sport c’est bien, mais il faut en mesurer l’impact réel pour le crédibiliser. 

R. d. C. : Justement, votre groupe de réflexion a réalisé une étude qui montre qu’au sein de l’Union européenne,  l’inactivité physique a un coût médical de 87 milliards d’euros par an.

S. L. : Les liens entre la santé et le sport sont bien connus. La pratique du sport contribue à un meilleur état physique. Le sport a donc un impact direct sur l’état de nos sociétés même si on a encore du mal à sauter le pas, à l’intégrer davantage dans les écoles, dans nos métiers, dans nos manières de nous déplacer. Avec le déconfinement, nous allons tous devoir modifier nos façons de vivre.

R. d. C. : Quelles mesures voulez-vous voir adoptées ? 

S. L. : Il faut penser une politique sportive globale. Cela peut passer par le concept de « villes actives », qui sont piétonnes et cyclables, qui développent des itinéraires sportifs et des manifestations locales. La stratégie sport-santé, qui a été adoptée par le gouvernement l’année dernière, va dans le bon sens en alliant la santé et le bien-être à l’activité physique. Il faut continuer à creuser ce sillon. 

Pierre Lann

Rubrique | Sportivement

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