Un vaccin contre le coronavirus est-il possible ?

Trouver un vaccin pour endiguer l’épidémie de coronavirus. Voilà la tâche à laquelle s’attelle la communauté scientifique mondiale. Mais comment créer ce vaccin et le rendre disponible avant un potentiel nouveau pic  ?

Dans la nuit de mercredi à jeudi, le directeur général du laboratoire pharmaceutique Sanofi, Paul Hudson a déclaré que si son laboratoire mettait au point un vaccin efficace contre le coronavirus, celui-ci profiterait prioritairement aux États-Unis. Des propos jugés « inacceptables » par le gouvernement français et qui ont rapidement été rectifiés par Olivier Bogillot, le président de Sanofi France sur franceinfo : « évidemment, si Sanofi découvre un vaccin efficace contre le Covid-19, il sera accessible à tous ».

Depuis le début de la crise sanitaire, le milieu scientifique s’est fortement mobilisé pour tenter de trouver un vaccin qui endiguerait l’épidémie de coronavirus. Selon un rapport de l’ONU publié lundi, plus de 100 laboratoires se sont lancés dans cette course folle, dont huit sont actuellement dans une phase d’essais cliniques.

Alors que la fabrication d’un vaccin prend en général plusieurs années, le président américain Donald Trump a assuré avec optimisme qu’un vaccin serait prêt à l’automne 2020. De quoi se questionner sur l’actuelle course à la piqûre d’immunité.

Trouver la substance active

Pour fabriquer un vaccin, il s’agit d’abord de trouver comment il peut agir sur le virus. Il faut repérer le germe qui provoque la maladie et constituer ainsi une « banque de germe » c’est-à-dire multiplier le virus pour en étudier les réactions. Une fois ce germe identifié, il sera possible d’en extraire un antigène. C’est l’antigène qui viendra doper le système immunitaire pour se défendre. Il faut alors s’assurer que l’antigène ne puisse pas provoquer la maladie qu’il doit combattre. Pour rappel, vacciner, c’est instiller un peu de virus dans un corps pour que celui-ci s’habitue à sa présence et se défende en cas de réelle contamination.

Tester le vaccin

Une fois le vaccin créé, il ne peut évidemment pas être mis sur le marché immédiatement. Une batterie de tests est effectuée et cela prend beaucoup de temps. D’abord sur des cellules humaines en laboratoire, puis sur des animaux. Cette phase, dite pré-clinique, permet de déterminer quelles sont les doses à administrer sans que le vaccin ne soit dangereux et de voir s’il est efficace. Viennent ensuite les fameux tests cliniques qui se déclinent en quatre phases : la première sur un échantillon de moins de 100 personnes, la seconde sur moins de 500 personnes, la troisième sur des milliers. La dernière permet des réajustements notamment si des effets secondaires ont été détectés.

Si en mars dernier le laboratoire américain de biotechnologie Moderna Therapeutics effectuait ses premiers essais cliniques, c’est parce qu’il avait sauté l’étape de tests sur des animaux. Les Américains travaillent sur un vaccin qui n’immunise pas totalement du virus mais qui en limite les effets. Selon Christiane Gerke, l’Institut Pasteur lancera ses premiers essais cliniques en juillet, en espérant avoir de premiers résultats d’ici octobre 2020. Le groupe Sanofi espère quant à lui démarrer ses essais cliniques sur les humains en septembre.

Mettre le vaccin sur le marché

Ensuite, seulement après ces différentes étapes, le vaccin pourra se voir délivrer une autorisation de mise sur le marché (AMM), indispensable pour être commercialisé à grande échelle. Cette AMM peut être délivrée dans le cadre d’une procédure nationale ou européenne. Dans un communiqué de presse, l’Agence Européenne de Médecine (EMA), en charge de délivrer ces AMM, assure qu’elle s’engagera à délivrer le plus rapidement possible ces autorisations.

Produire à grande échelle

Mais la course au vaccin ne s’arrêtera pas à l’aboutissement de la recherche scientifique. Car une fois le vaccin trouvé, il faudra le fabriquer et le diffuser, et ce, sans venir interférer sur la production des autres vaccins comme ceux contre le virus Ebola ou le VIH. Aux États-Unis, le milliardaire Bill Gates a pris les devants en annonçant vouloir investir plusieurs milliards de dollars pour construire des usines. De son côté, le directeur de la branche vaccin de Sanofi a assuré dans le journal La Croix : « Nous planchons sur nos capacités industrielles depuis plusieurs semaines ». Sans pour autant parler de construction d’usines : « Ce sont des processus très longs, qui prennent en général cinq ans. Même si ce délai est réduit au maximum, disons à deux ans, il se peut que le pic de l’épidémie soit passé et que nous arrivions trop tard. »

Disposerons-nous d’assez de temps pour créer un vaccin ?

Car le temps n’est pas un facteur à négliger : il pourrait bien faire échouer toute tentative de fabrication d’un vaccin. C’est en tout cas la leçon apprise en 2003 lors de l’épidémie de SRAS. En effet, le confinement des personnes contaminées a permis de stopper le virus avant que n’aboutissent les recherches. Selon le scénario le plus optimiste de l’EMA, un vaccin pourrait être prêt d’ici un an. Mais peut-être le virus aura-t-il muté d’ici là.

Est-ce qu’un vaccin verra véritablement le jour ? Christophe d’Enfert, le directeur scientifique de l’Institut Pasteur, répondait hier à la Tribune : « En recherche, rien n’est exclu ». Cette course au virus pourrait donc finalement ne jamais sacrer de vainqueur.

Alice Rouja