Victor Lovera, skieur de fond : « Je mesure aujourd’hui la chance que j’ai eue »

Huitième du 30 km style libre (ski de fond) lors des championnats du monde juniors de ski nordique 2020, Victor Lovera, âgé de 18 ans, a fini sa saison d’une très belle manière. Il est aujourd’hui l’un des rares sportifs à bien vivre le confinement. Il s’estime même privilégié par rapport aux autres athlètes. 

Rue des Confinés : Les championnats de France de ski de fond devaient se tenir fin mars et conclure votre saison.  À l’annonce de leur annulation en raison du confinement, quelle a été votre réaction ? 

Victor Lovera : Les championnats de France représentent une des plus belles courses, voire la plus belle course de l’année. C’est une fête de fin de saison où tout le ski de fond français est réuni. Tous les sportifs sont détendus. L’ambiance est chaleureuse et conviviale. J’étais donc très déçu de leur annulation. Mais je mesure aujourd’hui la chance que j’ai eue. Sept jours avant le début du confinement, j’ai quand même pu participer aux championnats du monde où j’ai terminé huitième, ma meilleure performance de l’année. Si ces championnats s’étaient tenus une semaine plus tard, ils auraient été annulés. Ça s’est joué à vraiment pas grand-chose ! 

R. d. C. : Avril est généralement un mois de pause pour les skieurs de fond. Comment vivez-vous le confinement ? 

V. L. : Bien ! Je suis là encore très chanceux par rapport aux athlètes d’autres disciplines ! Comme la période d’avril est normalement destinée à nous changer les idées, le confinement bouleverse pour l’instant peu notre calendrier. En juin, cela aurait été beaucoup plus compliqué à gérer et à vivre car c’est le moment où nos entraînements durent entre 4 et 5 heures par jour. Or, on ne peut pas s’entraîner de manière aussi intense seul à la maison. On tournerait trop en rond et ce serait trop difficile mentalement. Avant l’été, en situation normale, on alterne entre ski-roue (comme du ski de fond mais avec des roulettes et sur route), course à pied, musculation, et vélo. 

R. d. C. : Malgré le fait que ce mois soit consacré au repos, continuez-vous à vous entraîner ? 

V. L. : Au début du confinement, je me suis accordé deux semaines de coupure pour bien récupérer de la saison. Je n’ai donc repris le sport qu’il y a trois semaines. J’ai une petite salle de musculation où je m’entraîne deux à trois heures par jour. Je fais de la course à pied sur mon tapis roulant et pas mal de home trainer. Je profite du confinement pour tenter de nouveaux exercices.  J’essaye, par exemple, de faire du sport à jeun le matin. Je m’étire aussi plus que d’habitude et fais davantage de musculation (gainage, abdos, tractions). Je veux être prêt physiquement quand on pourra reprendre le cours normal de nos entraînements. 

R. d. C. : Quelles sont vos attentes pour la suite ? 

V. L. : D’abord, d’être reconduit en équipe de France ! Je n’en ai aucune certitude pour l’instant. J’en saurai plus, je l’espère, début mai.  J’aimerais aussi pouvoir disputer le Championnat de France de ski-roue, normalement prévu chaque année fin août. Mais là encore, je n’ai pas trop de nouvelles sur le maintien ou non de la compétition. Ensuite, je n’ai aucune autre compétition jusqu’à la première étape de la coupe d’Europe qui, généralement, se tient le premier week-end de décembre.  L’objectif final est de me qualifier pour les Championnats du monde des moins de 23 ans qui ont lieu mi-février. 

R. d. C. : Et vos craintes ? 

V. L. : Ce que je redoute le plus, c’est l’impact qu’aura le confinement sur notre sport. En France, le ski de fond reste peu médiatisé et très dépendant du mécénat. Est-ce que les budgets de l’Equipe de France seront revus à la baisse ?  Est-ce que les sponsors vont avoir assez de moyens pour nous aider ? Est-ce qu’il y aura d’autres phases de confinement en septembre, en octobre ? D’autres annulations de compétitions ? Dans ces cas-là, ce serait très handicapant pour nous. Enfin, les skieurs de fond des autres pays seront-ils soumis aux mêmes contraintes que nous ? Je sais que les Norvégiens peuvent continuer à skier. Certains des meilleurs skieurs se sont même lancés comme défi de battre le record du monde de kilomètres en ski de fond en une fois ! Ce challenge a duré deux semaines et s’est terminé par le record de 516 km ! 

Agathe Boussard

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